TROPICAL CLUB : RÉINVENTER LA MODE CONGOLAISE AVEC ISABELLA

Formée aux Beaux-Arts de Kinshasa, la styliste Isabella insuffle un vent de liberté et de légèreté à la mode contemporaine. Entre codes tropicaux, pièces fluides comme le top « Upepo » et réappropriation de l’héritage congolais, rencontre avec la fondatrice d’une marque qui refuse la banalité.

Crédit : © Isabella Tsh

Pouvez-vous vous présenter ? (Prénom, études, passions)

Je m’appelle Isabella. J’ai étudié la communication visuelle à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, même si je n’ai pas été jusqu’au bout de mon cursus.

Ma passion a toujours été les arts visuels dans leur ensemble. J’ai toujours aimé créer, imaginer et donner une forme à mes idées. Et avec le temps, je pense que c’est la mode qui a naturellement pris le dessus. Aujourd’hui, elle me permet de réunir tout ce qui m’intéresse : l’image, la création, l’esthétique et la manière de raconter un univers.

Trois mots pour vous décrire ?

Créative, solaire et audacieuse.

Vous aimez la mode. Quelle est l’origine de cette passion et comment s’est-elle développée au fil du temps ?

Je ne sais pas s’il y a réellement une origine à cette passion, parce que j’ai toujours eu ce rapport à la féminité. J’ai été éduquée dans l’idée d’être très féminine, très solaire, et je pense que cela a beaucoup influencé ma manière de m’exprimer.

En grandissant, je me suis de plus en plus rapprochée de la mode. Je créais déjà des choses pour moi-même : je découpais, je customisais mes vêtements, je transformais des pièces. J’ai toujours eu ce besoin de sortir de l’ordinaire, d’être différente et surtout d’être remarquable.

J’aime avoir de la lumière autour de moi, et je pense que la mode est justement un moyen de satisfaire cette partie de moi.

Avant de parler de votre marque Tropical Club, pouvez-vous nous dire si vous avez des modèles féminins africains ou d’autres horizons qui vous inspirent au quotidien ?

Je ne dirais pas forcément que je m’inspire de personnes, dans le sens où je cherche à copier leur style ou à m’habiller comme elles.

Par exemple, Rihanna m’inspire énormément, mais surtout pour sa versatilité. J’aime le fait qu’elle soit très libre dans sa manière de s’habiller, qu’elle puisse passer d’un univers à un autre et qu’elle crée constamment.

Je pense qu’elle a énormément influencé la mode, mais aussi les cheveux, la beauté et la manière dont les femmes peuvent construire leur propre image.

Ce qui m’inspire chez elle, ce n’est donc pas forcément une tenue précise, mais ce niveau de liberté et de créativité.

Pourquoi avez-vous décidé de créer Tropical Club ?

J’ai toujours voulu créer une marque de vêtements. J’en avais d’ailleurs lancé une il y a environ deux ans, mais, avec le recul, je me suis rendu compte qu’il lui manquait quelque chose : une direction, une essence et un véritable univers.

Elle avait très peu d’identité et, surtout, il n’y avait pas réellement de sens derrière les vêtements.

Avec Tropical Club, je voulais faire les choses différemment. Il y a une véritable idée derrière la marque : s’habiller en fonction du climat dans lequel nous vivons, de notre mode de vie et de notre environnement, et se libérer des tenues trop casual ou trop formelles qui ne correspondent pas toujours à notre réalité.

Je pense aussi qu’il y a quelque chose à retrouver dans notre héritage culturel congolais. Quand on regarde la manière dont les femmes s’habillaient autrefois avec leurs ensembles en wax, il y avait énormément d’extravagance : les volumes, les manches, les superpositions, les couleurs…

Je trouve qu’une partie de cette extravagance s’est beaucoup fanée aujourd’hui. Et avec Tropical Club, j’ai envie de la remettre au goût du jour, tout en y ajoutant ma propre vision : plus de liberté, plus de légèreté et plus de fun.

Trois mots pour définir Tropical Club ?

Libre, extravagant et fun.

Pourquoi avez-vous décidé de le nommer ainsi ?

Tout simplement par rapport à la zone géographique et au climat qui entourent la marque.

Je voulais que le nom annonce immédiatement la couleur et la direction de Tropical Club. Le mot « Tropical » évoque notre environnement, la chaleur, les couleurs, la légèreté, tandis que « Club » apporte cette idée de communauté, d’un univers auquel on peut appartenir.

Quelles sont les valeurs de votre marque ?

La liberté, l’extravagance et le fun.

Je veux que les vêtements Tropical Club soient amusants à porter, qu’ils puissent devenir les « statement pieces » d’une tenue et qu’ils donnent toujours cette sensation de liberté.

Que voulez-vous que vos clientes ressentent lorsqu’elles portent vos pièces ?

Je veux qu’elles se sentent libres, féminines, à l’aise et imposantes en même temps.

J’aime l’idée qu’une pièce puisse changer l’attitude d’une personne. Qu’elle puisse entrer dans une pièce et ressentir immédiatement quelque chose de différent parce qu’elle porte une pièce Tropical Club.

Je veux que le vêtement attire la lumière, mais surtout qu’il donne cette sensation à celle qui le porte : « Je suis là. »

Est-ce que vos origines jouent un rôle dans la création de vos vêtements ? Si oui, comment ?

Oui, notamment dans cette volonté de remettre au goût du jour une certaine extravagance que j’associe à notre héritage culturel congolais.

Mais Tropical Club est aussi influencé par le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Je pense beaucoup aux Caraïbes, à l’Amérique latine et plus largement aux différentes régions tropicales et aux cultures qui se sont développées dans ces environnements.

Je ne veux donc pas simplement reproduire notre héritage. Je veux le mélanger à mes influences contemporaines et créer quelque chose qui corresponde à la manière dont nous vivons aujourd’hui.

Lorsqu’on se rend sur le site de votre marque, on remarque que vos pièces portent un nom assez spécial, « Upepo ». Pouvez-vous nous dire quelle est la signification derrière cela ?

Upepo signifie « vent » en swahili.

Le nom vient directement de la manière dont le top a été pensé. Upepo est une pièce légère, fluide, qui est littéralement faite pour s’envoler avec le vent.

C’est d’ailleurs pour ça que j’aime particulièrement le montrer en vidéo : lorsqu’on marche avec, le vêtement bouge et s’envole.

On me demande parfois pourquoi je ne raccourcis pas certaines parties du top ou pourquoi certaines proportions sont comme elles sont. Mais justement, le but est qu’il vole. Cette sensation de mouvement et de légèreté fait partie intégrante du design.

Comptez-vous créer d’autres pièces à l’avenir ? Si oui, lesquelles ?

Oui. Très bientôt, nous allons notamment sortir Upepo en version robe.

Et en décembre, nous aurons également une collection autour du raphia, avec une approche plus travaillée et plusieurs pièces qui vont permettre d’explorer une autre facette de l’univers Tropical Club.

Quels sont les conseils que vous donneriez à une jeune fille qui souhaite devenir créatrice de mode ?

Aujourd’hui, il existe énormément de marques de vêtements. Pour moi, ce qui fait réellement la différence, ce n’est pas uniquement le vêtement.

Il faut créer un univers et une identité autour de sa marque.

Car aujourd’hui, une même pièce ou une pièce similaire peut parfois se retrouver chez plusieurs marques. La vraie question devient donc : « Qu’est-ce qui fait que j’achète chez toi ? ».

Et je pense que la réponse se trouve dans la connexion que l’on crée avec son univers, son histoire et sa vision.

Il faut donner aux gens une raison de vouloir faire partie de l’aventure, créer une communauté et leur faire ressentir quelque chose qui va au-delà du produit.

Vous êtes une styliste congolaise. Pouvez-vous nous dire quel regard vous portez sur l’évolution de la mode en RDC mais également au niveau de l’Afrique Centrale ?

Je trouve que c’est déjà mieux qu’il y a cinq ans, et encore mieux qu’il y a dix ans.

Je suis surtout très contente de voir une génération qui ose, qui prend des initiatives et qui crée ses propres événements. On n’est plus simplement dans l’attente que les autres, ou que l’Occident, viennent nous créer une industrie.

On voit aujourd’hui des personnes qui prennent l’initiative de créer des Fashion Weeks, des pop-ups et différentes plateformes qui nous permettent d’avoir nos propres scènes et de mettre en avant nos talents.

Je trouve aussi que les gens s’intéressent beaucoup plus à la mode et qu’il existe une vraie volonté de consommer local. Et je pense que c’est important de construire d’abord pour nous, avec notre propre public, avant même de chercher à avoir un public international.

On est une génération qui veut faire les choses pour elle-même et qui n’attend pas forcément une validation extérieure. Et ça, je trouve que c’est déjà une très belle évolution.

Quels sont vos objectifs pour Tropical Club dans les cinq prochaines années, et comment voyez-vous son évolution ?

Mon objectif est d’en faire une véritable industrie.

Tropical Club, c’est une révolution dans notre manière de nous habiller : apporter plus de liberté, plus de fun et plus d’extravagance. Pas forcément pour que les gens s’habillent comme ça tous les jours, mais pour leurs week-ends, leurs vacances, leurs brunchs, leurs soirées… pour qu’ils puissent simplement s’amuser davantage avec la mode et s’habiller en fonction de l’environnement dans lequel ils vivent.

Je veux surtout créer un univers auquel les gens ont envie d’appartenir, un univers dont ils veulent être membres.

Dans les cinq prochaines années, j’aimerais donc développer une véritable industrie autour de Tropical Club, avec des ateliers, des événements, des collections et tout un écosystème autour de la marque.

J’ai de grands projets pour Tropical Club et beaucoup d’idées. Je veux évoluer aussi loin que possible, tout en laissant Dieu me guider dans cette aventure.

Si vous pouviez parler à l’Isabella qui avait 15 ans, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais : « Toutes tes petites idées dans ta tête vont prendre vie. »

Crédit : © Isabella Tsh

Alors continue à imaginer, continue à rêver, continue à dessiner, continue à être dans ta bulle. Et surtout, suis ton instinct et fais ce que tu as envie de faire.

Finalement, c’est ce que j’ai fait. Et aujourd’hui, je vois certaines des choses que j’imaginais plus jeune prendre réellement vie.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Beaucoup de succès, beaucoup de clients, beaucoup de visibilité… et surtout, que beaucoup de personnes montent dans le bateau et rejoignent l’aventure Tropical Club ! 

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